Dans la réserve oubliée de Telire, les indigènes abandonnent les cultures traditionnelles pour faire pousser du cannabis.
L’enquête publiée le 17 juin dans la Nacion, le quotidien de référence costaricain par le journaliste Esteban Mata rappelle l’existence de ses indigènes à la population par la découverte d’une triste réalité : la yuca et le maïs sont remplacés par la culture de marijuana dans les montagnes du sud du pays. Violence, terreur, lutte pour les territoires et chasses à l’homme pénètrent une région jusqu’ici en paix.
Les autorités costaricaines, comme l’essentiel de la population du pays – concentrée dans la vallée centrale prospère et industrielle – négligent la population indigène. Les ethnies sont rangées dans des "réserves" auxquelles on prête bien moins d’attention qu’aux réserves naturelles et parcs nationaux, poumons de l’économie touristique du pays.
Gesticulations policières
Dans les montagnes hostiles, denses et humides de Telire, près de la côte caribéenne du pays, des indigènes de l’ethnie Cabécar se mettent à la culture de cannabis. Tenus à l’écart du développement, privés de droit d’autonomie, négligés par San José, les Cabécar entrent en mutation, grâce à la culture d’herbe à fumer.
La police nationale – plus habituée à arraisonner des bateaux chargés de cocaïne faisant route vers les Etats-Unis – gesticule pour endiguer ce narco-trafic nouveau-né.
Elle installe des campements en pleine forêt, qu’elle rejoint par hélicoptère et y dépose des policiers armés de machettes et d’essence. Les agents arrachent et brûlent les cultures à la main dans un environnement de marais, de falaises et de forêts impénétrables. Menacés par les pluies tropicales diluviennes de juin et la faune antropophobe, ils progressent en colonnes d’exterminateurs absurdes, paysagistes-fourmis dans une nature infernale et gigantesque.
Policiers brûlant des plantes de marijuana dans la vallée de la Estrella, Telire
Violence et meurtres
Chargés de sacs de marijuana qu’ils vendent 400 dollars pièce à l’entrée de leur réserve, les indigènes Cabécar lancés dans ce commerce s’enhardissent. Ils découvrent la concurrence, la délation, la violence et le meurtre. "Ils menacent leurs frères. Les semeurs de marijuana ont acheté des armes et disent qu’ils les utiliseront contre ceux qui veulent les dénoncer. Le peuple de Telire n’aime pas tuer" dit Julio Reyes Garcia, indigène Cabécar résistant à cette nouvelle culture, à la Nacion. Il a marché deux heures et demie à travers la forêt pour dénoncer deux hommes devenus narco-trafiquants au poste de police de sa vallée.
Geiner Blanco, travailleur de la Table Indigène pense que la lutte classique contre le commerce est peine perdue : "la tentative d’éradication des cultures est un mauvais choix. Il faut traiter la question des droits qui ont été refusé aux indigènes depuis des années : le droit à l’autonomie culturelle et le respect de leur mode de vie", explique-t-il au journaliste.
Douze jours de marche
Les frères Moya sont identifiés depuis plusieurs mois par la police comme des fabriquants et négociants Cabécar de marijuana. Ils sont armés et dangereux. Ils ont été dénoncés, interpellés et transférés devant la justice costaricienne. Considérant le manque de preuves réunies contre eux, un juge a condamné les frères à se présenter à la police de Limon tous les quinze jours. On ne les a plus jamais vus en ville. Et pour cause : il faut douze jours de marche aux frères Moya pour relier leur maison et la capitale de la région de Talamanca.
La consommation de drogue douce au Costa Rica ne date pas d’hier et la côte caribéenne, fréquentée par les touristes à petits budgets friants de reggae et de rhum fournit un marché à ces nouveaux producteurs. Des acheteurs en gros, qui revendront l’herbe par doses de 0,5 grammes aux habitants de la vallée centrale, se manifestent également à l’entrée de la réserve.
Village Cabécar, Telire
Le recyclage des indigènes costaricains en trafiquants de marijuana fait craindre le pire. Le narcotrafic est la première source de violences en Amérique latine. Or, la création d’une production dans une région qu’il est impossible de contrôler par les autorités – faute d’une attention suffisante depuis des décennies – fait planer sur le Costa Rica le risque de la création d’un foyer de malheurs imprévu et difficile à enrayer.
"Les gens voient un problème de trafic de drogue, mais cela a des racines bien plus profondes. L’inattention de l’Etat, les conditions de vie insupportables qui font du trafic de marijuana un moyen de survivre" dit Geiner Blanco à la Nacion.
Le Ministre de la sécurité du Costa Rica, Mario Zamora se félicite de l’efficacité des arrachages de plantations par ses fonctionnaires : "notre administration a amélioré la flotte d’hélicoptères et l’efficacité des unités spéciales dans ce type de terrain", a-t-il déclaré. La réponse politique à la misère indigène souhaitée par les leaders des communautés n’est pas à l’ordre du jour pour le gouvernement.
Ce soir, mon cher ami Sebastiao Freitas était dans les rues de sa ville chérie, Rio de Janeiro. Il participait à l’incroyable manifestation spontanée qui soulève le pays entier. Voici son témoignage, traduit en français. Pour que cette insurrection ne soit pas résumée à quelques actes de casseurs. Pour que les médias rapportent cette puissante et pacifique révolte.
Sebastiao Freitas
"J’étais à la manifestation de 17 heures 30 à 20 heures 10.
Il n’y a pas eu de violence. Des drapeaux, des panneaux avec des messages et des appels à l’ordre. Ce qui s’est passé est une protestation pacifique.
L’émeute face à l’ALERJ (parlement de Rio de Janeiro) est une autre histoire. C’était de trop. Ce n’était pas nécessaire.
Mais, le plus préoccupant, c’est la proportion de ces protestations. Sans leaders, sans proposition, sans alternative à la crise.
L’anticonformisme, la révolte, sont légitimes. C’est une révolte des nouveaux exclus. Ceux qui ne reçoivent pas de subvention familiale, de subvention scolaire, qui paient des impôts et des billets de transports publics.
C’est la révolte de ceux qui suivent les marchandages publics et les discours, qui assistent aux injustices et écoutent les conclusions des politiciens. Ils sentent qu’ils ne font que financer la machine étatique.
Le plus préoccupant, ce n’est pas les dégâts, mais le fait que la révolte ne propose pas de chemin, d’objectifs. C’est le rejet de tout et de tous. C’est le rejet du status quo, de l’absence d’alternatives.
Ils ont envahi l’ALERJ ! Ils sont montés sur la marquise du congrès ! Et alors ? Et ensuite ? Ils ne veulent plus de ces politicens, mais en proposent-ils d’autres ?
Personne n’a appelé au départ de Dilma Roussef, la présidente. Personne n’a crié qu’il voulait celui-ci ou celle-là. Plutôt l’inverse. Ce que j’ai entendu le plus était "moi je n’ai pas de parti".
Tous crient "nous voulons la fin de la roublardise, des luttes partisanes, nous voulons des transports de qualités, des hôpitaux dignes, nous voulons la fin de la corruption".
C’est crié comme si tout cela ne dépendait pas du gouvernement et du parlement en place.
Pendant qu’ils crient, aucun dirigeant ne se prononce sur ce qui est en train de se passer dans onze états. Parce qu’ils vivent complètement déconnectés de la réalité dans laquelle se débat la population.
Les dirigeants de cette nation ne pensaient pas que cela pouvait arriver. Ceux qui, à l’intérieur du gouvernement, ont profité de l’influx et appelé à la manifestation sont dépassés.
Mais le mouvement est acéphale. Ils dépasse les frontières partisanes. Il ne propose rien. Les dirigeants ont perdu le contrôle.
Le mouvement est une insurrection totale. De tout ce que représente le pouvoir au Brésil.
Faute de Bastile, ils ont envahi l’ALERJ.
Mais maintenant ? Rentrent-t-ils à la maison ?
Attendent-ils une prise de position officielle ?
Comment sortir de cette situation dignement ?
En 2014, il y a la Coupe du Monde. Mais il y a aussi les élections. Le meilleur moment pour promouvoir un changement énorme réclamé par le peuple. Sans apocalypse, sans casse, démocratiquement et pacifiquement. Le meilleur moment pour tout casser ce qui est en place et qui dérange.
Dans l’année qui vient, changeons tout ! Mais changeons tout dans le même sens. Pour ne pas générer une présidence de gauche et un parlement de droite. Si cela arrive, cela continuera exactement comme c’est.
Renonçons aux destitutions, aux coups d’états. Avançons démocratiquement. J’étais très jeune pendant la dictature, mais je n’ai pas de nostalgie pour cette époque. Ce que j’ai vu ce soir, c’est le peuple qui demande qu’on l’écoute. Et non pas un peuple qui demande la tête de sa présidente. J’ai entendu beaucoup de "moi, je n’ai pas de parti". Nous allons au-delà des noms. La crise est profonde. A cause de l’exclusion de la population du débat public. "
En rentrant, nous passons le week-end dans la tres belle ville de Granada, au sud du Nicaragua. On visite la ville et le marche du village voisin de Masaya. Clemence fait des risettes aux vendeuses, pendant que Romane braconne des toupies multicolores dans les paniers des echopes.
Cette semaine, nous sommes au Nicaragua. On a fait un long voyage en bus en famille pour rejoindre la campagne dans laquelle avait lieu la rencontre de tous les volontaires suisses en Amerique centrale (Salvador, Nicaragua, Honduras et nous..)
On en profite pour decouvrir le pays, les coeurs grands ouverts. Romane dit qu elle aime bien le Nicaragua. Surtout les chevaux.
Saviez-vous qu on vient d y voter l autorisation de construire le Grand Canal du Nicaragua, destine a concurrencer celui de Panama, reliant l Atlantique au Pacifique ? Non ? Ben oui.
Moi, je ne peux pas entendre le nom de ce pays, sans penser à l’une des plus belles chansons de Renaud. L’histoire d’un père ouvrier communiste qui voit son fils anarchiste partir guériller au Nicaragua.
On vous racontera en details cette expedition une fois rentres. Ce soir, on se contente de vous saluer amicalement depuis le bord du lac Nicaragua, etape sur le chemin du retour chez nous.
Votez le 9 juin contre le durcissement de l’asile ou prenez une gifle !
Etre Suisse, avoir le droit de vote et rester stoïque face à la brutalisation de l’attitude de notre pays vis-à-vis des pauvres du reste du monde, c’est irresponsable et malfaisant. Pour une fois, votons tous !
L’enfant aîné qui pique les jouets de ses frères et soeurs plus jeunes et s’enferme dans sa chambre ignorant leurs pleurs, fait le même geste que celui qui s’abstiendra.
Il a un comportement injuste et violent, par ignorance ou par imitation. Les parents le corrigeront avec un autorité bienveillante – pour les plus pédagogues – ou avec une gifle.
Que l’aîné justifie son geste en meuglant que cette chambre est la sienne. Qu’il en a construit seul la richesse grâce à ses bras noueux et qu’il ne supporte pas que les petits veuillent en profiter. Alors la honte des parents, d’avoir engendré un petit égoïste insolent n’en sera que plus grande. Même les électeurs d’extrême droite corrigeront l’écervelé.
Les Suisses qui voteront oui ou s’abstiendront le 9 juin sont ces enfants.
L’enjeu démocratique est important. Aucun requérant d’asile ne renoncera à l’exil en étudiant les lois suisses. Durcir les mesures les jettent tous dans l’extrême précarité et la clandestinité. Ce sont ces miroirs aux alouettes bruns foncés qui en font des délinquants. Par nécessité.
Pour lutter contre l’insécurité et la criminalité des étrangers, refusez la loi le 9 juin !
L’expatriation renforce les liens avec le pays d’origine. Ici, dans les pays du Sud, on expérimente la misère, la violence, l’injustice institutionnelle, les expropriations, la monoculture pour l’économie absurde du tout-marchant et on pense à la Suisse, terre de richesse ou tout commence et tout finit. Je ne crache pas dans la soupe et ne me fondamentalise pas. Mais ma conscience politique termine sa formation. Je voudrais d’une Suisse pour laquelle la tradition humanitaire garde un sens. Et je rêve qu’on démasque les imposteurs qui nous font prendre des vessies pour des lanternes en meuglant leur racisme.
Nous serons en direct sur la radio Couleur 3 ce matin à 8 heures 15 pour un éclairage d’actualité. Il sera question des atermoiements de la justice guatémaltèque et de la condamnation de son ancien dictateur Efrain Rios Montt.
Anouk essaiera de parler doucement pour ne pas réveiller la famille. Il sera minuit chez nous ! Greg.
- Viens jouer au foot avec nous, samedi à 15 heures, sur le terrain en concreto du centre sportif Monterrey.
L’invitation décrochée à la quincaillerie pour une partie de foot amicale et informelle était belle. Pour l’intégration, pour le sport, pour l’avenir de l’humanité. Un partage tendre entre cultures, grâce à l’amour du ballon tissé main et de la belle geste.
Mejenguear est un verbe qui n’existe pas en espagnol. C’est un mot d’argot tico qui désigne les parties de football à cinq pratiquées à l’improviste sur des terrains de rue.
En arrivant à 15 heures, profil bas, vieux t-shirt, Puma Suede grises et noires tannées, je campe un footballeur de rue bien imité, j’ai perdu dix ans. Je cherche à rejoindre Ariel, le vendeur de la quincaillerie qui m’a convoqué. Petit, nerveux, 25 ans. Je m’attends à de la danse sur ballon, je serai pas déçu.
Le Costa Rica, c’est un peu le François Bayrou du foot. Tu sais que ça existe parce que tu les as vus quelques fois, coupe au carré et moustaches s’appelant tous Gerardo Gonzalez, dans les dernières pages des albums Panini. Celles avec les doubles-photos par vignette.
Tu as eu une enfance, si t’as jamais touché cet autocollant ?
La sélection est en course dans la dernière partie des éliminatoires pour aller au Brésil en 2014. Elle est deuxième du groupe Concacaf, derrière le Panama.
La sélection soutient le mariage pour tous.
Donner du jeu
"Concreto". J’avais pas compris. Ca veut dire "béton". C’est tout con en même temps. Le terrain est donc une place de jeu en béton avec deux pauvres cadres de buts pourris, sans filet, le terrain des Cerisiers de l’époque.
Cela annonçait, dans le désordre : des plaies, des bosses et des courses de dératé pour aller chercher les ballons dans tous les océans après chaque tir.
Et aussi des courbatures à triple injection et seize soupapes.
Mais qu’importe, j’allais faire un foot avec les quincaillers du coin, par un vieux samedi nuageux, dans la banlieue de San José de la Boca del Monte, Costa Rica. Grand Corps Malade peut bien arrêter de se prendre pour un poète avec ses rimes à vingt centimes, la vraie poésie, la grande, l’humaine, elle était bien là.
Je cite Grand Corps Malade (c’est pas de gaieté de coeur, mais par rigueur scientifique) :
T’es pas encore là mais déjà je vois beaucoup de chose différemment Tu vas bousculer ma vie, définitivement.
Observons ensemble une courte pause silencieuse pour laisser vibrer en nous les paroles suffocantes et magnétiques de ce génie du verbe.
Ah pardon, l’artiste ! Excusez du peu ! T’as bien raison de pas chanter et de faire que déclamer, Grand Corps ! Des vers de cette puissance ! Villon, Lamartine et Brassens peuvent bien aller grater leurs insipides inspirations dans des ateliers d’écriture pour manchots. Ton arrivée remet de l’ordre dans les glorioles passagères de ces slameurs qui t’ont précédé. Respect. Bon.
Je suis arrivé à 15 heures 10. Pour ne pas faire le type qui arrive à l’avance et qui est mort de faim. Intégrer un groupe de mâles, ça suppose quelques connaissances de base, did you know ? Par exemple : profil bas, garder ses bonnes idées pour soi, identifier le mâle dominant, lui trouver une faiblesse, l’éreinter (au propre et/ou au figuré) dans ce domaine en prenant l’air de ne pas y toucher pour gagner l’attention du groupe, puis chercher un domaine ou ce mâle alpha voudra collaborer avec vous pour qu’il vous considère comme son égal.
Cette procédure bien menée conduit à une intégration full success, triple-strike, que j’ai déjà réussi (et foiré aussi) quelques fois. Une partie de karting jurassien fut le cadre d’un tel exploit il y a quelques temps, à l’école de police. Pour les initiés..
Bref. 15 heures 10 donc. Ah ça, j’ai bien fait !
J’ai pu utiliser trois quarts d’heure à me regarder les ongles, compter mes lacets et me mordiller le coude (vas-y, essaies, je t’attends..) en attendant les premiers joueurs. A 16 heures, ils étaient tous là. 8 joueurs. 4 contre 4 sur du béton, ça allait envoyer du lourd.
Les raisins de la colère. Sang et sueur. Marche ou crève. Et plein d’évocation encore de la virilité et de la testostérone.
Dès que les trois pommeaux de la quincaillerie ont fini de scotcher leurs semelles au reste de leurs godasses pour ne pas courir comme des poules d’eau avec les pattes qui traînent sur le goudron, on fait briller le spectacle. Place au jeu !
Après dix minutes, le constat est assez clair. Le préjugé de la surcapacité technique et l’invalidité tactique des latino-américains est confirmé. Ici comme dans les autres pays dans lesquels j’ai eu l’occasion de pratiquer l’art majeur du pousse-ballon avec des pauvres hères bronzés et tricoteurs, on trignole, on ratelle, on passement de jambe et on jonglouille.
Echauffement de footballeur latino-américain
Mais pour la rigueur, c’est désertique comme le total de voix de Thierry Grosjean au premier tour des élections neuchâteloises. On entend le souffle du vent, même quand y en a pas.
Meilleur espoir masculin
Puisque même dans le foot corporatif neuchâtelois j’avais rien à espérer de mes talents techniques (en dribblant, je ressemble plus à Bambi juste après sa naissance, quand il se casse la gueule en glissant sur ses pattes, qu’à Gilles Jaquet – dont la réputation est assez surfaite soit dit en passant, tant son mécanisme jambier à grande complication est inutile face à n’importe quel défenseur un peu patient – le funambule du FC Chicken), j’ai attendu que tout le monde finisse de faire l’artiste au milieu du "terrain", que ça vienne un peu vers moi et j’ai fait ce que je sais le mieux faire en foot et dans la vie désormais : le ménage !
Allez voir en Grèce si j’y suis, les brodeuses ! Comment ça t’as jamais pris un ballon en pleine figure alors qu’un millième de seconde avant tu étais en train d’attaquer comme fend la bise ? Qu’est-ce que c’est que ce tibia qui traîne au milieu de terrain ? Attention j’arrive et je suis pas content ! C’est pas moi qui ai levé le pied, c’est toi qui mesure 90 centimètres ! La défense virile, rugueuse, soignée, pointue, aigue même, avec de l’angle et du bruit métallique.
Mes Puma grises ont servi de lavette à plusieurs visages pourtant charmants des quincaillers qui ont vite perdu le goût de l’aiguisage.
C’est un plaisir, le rôle de défenseur face à ces Lemmings croisés avec Stéphane Lambiel et Nadia Comaneci (triple croisement, absolument, la génétique a fait des progrès, t’es resté sur le trottoir pendant ce temps ?). Ô j’imagine les transports des Liechti, Progin, Kupper et consorts s’ils pouvaient goûter à ce plaisir. J’étais Franz Beckenbauer, ils étaient les Eric Mousambani du foot.
Le terrain faisant 13 mètres de long et ma condition physique étant identique à celle d’un étalon alezan (c’est joli ça, non ? étalon alezan… on dirait le nom d’un dictateur arménien – ça a existé les dictateurs arméniens ? je suis pas au point sur l’histoire des Aznavours), je pouvais me présenter souvent dans la zone de but adverse sans négliger les retours en défense.
Et alors là attention ! Tandis qu’en quinze ans de foot, j’ai marqué trois goals, dont deux en voulant centrer et un de la hanche en évitant le ballon sur un coup franc tiré par un coéquipier – ce qui m’a value seize opérations de galvanoplastie injectée réticulaire pour pouvoir remarcher – j’ai réalisé sur le terrain de Monterrey une série de buts spectaculaire qui auraient fait passer Lewandowski pour un joueur de char (tu te souviens du char ? la belle époque… "j’ai char", "non, t’as pas char"… ah la la, nostalgie quand tu nous tiens !).
Le jeu de char
C’est pas bien complexe, je vais te dire. C’t'équipe de techniciens, dès que la balle est plus haut que leurs épaules (c’est-à-dire dès 1 mètre, grosso modo, pour la moyenne), y a plus personne. Les mecs, ils arrêtent, ils regardent ailleurs, se replacent. C’est entré dans les moeurs. Attention le ballon est en l’air, planquez-vous ! Aïe aïe aïe, des fois qu’on le prendrait sur le crémol !
Donc, tu me vois venir. Même en envoyant des coups de tête dans le vide une fois sur deux, j’ai marqué une collection de buts. Je les enfilais comme des perles. Ils me regardaient pour tout de bon, les quincaillers !
J’était l’élu, l’ange du sauvetage, Noé, Jean-Luc Lahaye, le général Guisan, Simon Bolivar, Christophe Colomb, l’esprit sain ! Le sauveur, c’était moi. Bibi. Mézigue. Mécolle. Ouam. Après vingt minutes, ils m’avaient trouvé un "apodo", les petits noms qu’on se donne une fois et qui restent attachés à vie en Amérique latine : "el artillero suizo". La traduction me fait suer la fierté, l’orgueil, la vantardise, l’auto-estime par tous les pores (c’est masculin les pores, tu savais ? Un pore. C’est drôle, non ?) : l’artilleur suisse. Mesdames, Messieurs, faites place à l’Artilleur Suisse!
Lunettes de soleil pour tout le monde ! Attention, j’explique l’effet en alexandrins (compte les pieds et n’en oublies point !) :
Ils étaient pas tanches les mecs. Mais y avait de la place pour une nouvelle discipline. Disziplin, devrais-je dire, tant le contraste latino-germanique paraissait caricaturé.
A ce stade, tu penses que ça va se gâter ? Que pour oser une telle auto-célébration, la chute doit être à la hauteur de l’ascension (qui tombe bien) ? T’as raison, tu t’en doutes.
El Kiss Cool #dos
Au bout de pas long, j’attends la pause. J’ai les genoux qui sifflent, la colonne qui cherche à toucher par terre à chaque virage et je suis hors d’haleine. Le foot à cinq, comme le foot en salle, ça se pratique bien avec des petites pauses régulières.
Je suis devenu pote avec mes coéquipiers, mais on a pas le temps de se causer. Manuel, Manuel (le second est le fils du premier), Ariel et Mechas. Le dernier nommé semble être le taguenet du groupe. Il est visiblement Nicaraguayen, ce qui la fout aussi mal qu’être frontalier à un barbecue du MCG. Son nom "Mechas" vient du fait qu’à la quincaillerie, il est chef des mèches. Me demande rien de plus, c’est de l’info qui se suffit à soi-même. Il a plein de particularités qui sont évoquées tant par ses équipiers que par ses adversaires durant la partie. Il ressemble à un gros testicule, il est homosexuel et sa mère vend ses charmes (huevon, maricon, anda a la puta que te pario, c’est ce qu’ils disent). De la poésie humaine, je vous disais. Le grand cirque du foot, ici comme ailleurs.
Mais elle ne vient pas. La pause. Elle ne vient pas et plus je l’espère, moins elle vient. J’ose pas réclamer un break, because la fierté mâle qui m’inonde. Mais je reviens moins, je monte moins, je marque moins. Bref, je fais tout moins. Sauf respirer. Ca je fais beaucoup, beaucoup plus. Et plus vite. Les mecs, ils patinent toujours en rythme. En haut, en bas, petit-pont, râteau, sombrero, scorpion, tout continue à y passer.
Tu veux que j’abrège ? Très bien : deux heures. On a joué deux heures sans la moindre pause, sans la moindre goutte d’eau. Je crois que j’ai perdu 32 à 31. C’est de ma faute. Durant la dernière demi-heure, mes coéquipiers devaient éviter mon corps dans la zone d’attaque.
A la fin, le soir tombait. Ils m’ont dit qu’on rejouait demain, dimanche matin. Je les ai regardé, ils m’ont regardé, je les ai regardé et j’ai dit : "je peux pas, je vais à la messe".
J’ai pas pu aller à la messe, dimanche.
J’ai descendu les escaliers en marche arrière pendant trois jours. J’ai eu mal sous les pieds comme si on m’avait scalpé les plantes. A la place des hanches, on m’avait greffé une enclume rouillée. Je passais le petit seuil de la douche en m’asseyant dessus.
Je suis retourné mejenguear avec les types de la quincaillerie depuis. Mais je suis rentré dans le rang. Plus personne ne m’appelle l’artillero suizo. Ils m’aiment bien quand même, l’équipe, même si j’ose pas encore insulter Mechas.
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Lou et Jean-Pierre Jaquet sont arrivés hier soir à San José. Ils sont chez nous pour quinze jours. On va passer un peu de bon temps sur les côtes et, forcément, être un peu moins présents en ligne. Mais on vous prépare des nouvelles pour sous peu.
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Romane et Clémence sont ravies. Pour Clémence et ses grands-parents, ça ressemble à des présentations, les six mois passés depuis notre départ sont la moitié de sa vie. On vit des moments cruciaux, tendres, émouvants. Pour nous remettre de tout ça, on s’envoie à la plage dès mardi. D’ici là, une question me torture : comment faire pour bronzer entre les orteils ?
Aux aurores ce matin, Anouk était en direct sur la radio romande. Elle réalisait une chronique costaricaine dans la partie baptisée Décalage horaire de l’émission.
Pour écouter la chronique d’Anouk : suivez ce lien et choisissez l’émission du 7 mai, ou cliquez sur le bandeau ci-dessous.
Aujourd’hui, 27 avril, cela fait cinq mois que nous vivons à San José. Cinq mois beaux, intenses, durs et heureux. Clémence a décidé de marquer le coup : elle marche ! Elle a fait ses premiers pas hier et confirmé aujourd’hui. L’aventure familiale prend le pas sur les découvertes de l’expatriation pour la journée et on célébrera cette évolution avec quelques amis à la maison ce soir.
Aujourd’hui, le Costa Rica célèbre sa journée nationale de l’Indigène. Ecrit avec un I majuscule, en signe de respect sûrement.
A la crèche, le déguisement en indien – la version caricaturale illustrée ci-contre par deux moustiques ravis – est obligatoire ce matin.
Vous êtes prêtes ? On peut partir à l’école ?
Profitons en pour parler un peu des "peuples natifs" de notre pays. Les Chorotegas, Malekus, Huetares, Bribris, Cabécares, Térrabas, Brunkas et Gnebes. On vous emmène..
Christophe Colomb est arrivé au Costa Rica en 1502. Pendant que les Suisses fêtent la victoire du traité de Bâle et font des doigts d’honneur au Saint-Empire romain germanique, l’explorateur longe les côtes de l’Amérique centrale.
En touchant le Honduras, il croit être en Indochine (alors que c’est déjà son quatrième voyage quand même… à force de s’entêter on se demande s’il n’est pas l’ancêtre de Frédéric Hainard).
Colomb nomma la terre découverte "Costa Rica" – côte riche, faites un effort ! – parce qu’il pensait avoir découvert un territoire rempli d’or.
Caramba, encore raté ! Le Costa Rica comptait des peuples indigènes vivant en petites communautés, non coordonnées, sur une terre hostile ou les maladies et les catastrophes s’enchaînaient. Les Espagnols n’ont trouvé aucune richesse et aucune adversité. Ils se sont établis pépères et on dû se mettre à bosser s’ils voulaient manger. Après, on s’étonne qu’ils aient deux équipes en demi-finale de ligue des champions..
Parmi les indigènes vivant sur le territoire à l’arrivée des conquistadores, il s’est bien trouvé quelques esclaves et quelques communautés à massacrer, mais rien à voir avec les conquêtes mexicaines, guatémaltèques ou péruviennes.
Indigènes au Costa Rica Crédit photo : Diego Molmo
Comme les Espagnols sont des gens polis, ils n’arrivent jamais les mains vides. Alors en tout bien, toute amitié, en fils probes, ils passèrent la moitié de leurs microbes aux survivants. Variole, fièvre typhoïde, rougeole…. E viiiiva españa !!
Aujourd’hui, les indigènes sont oubliés par les costariciens. Ils sont partie négligeable d’un pays tourné vers la modernité et le tourisme. Les ticos les désignent aussi par le terme "aborigènes". Cette appellation n’est pas très courante en Amérique latine et plutôt utilisée en Asie et en Océanie.
Tu noteras qu’on ne dit pas arborigène (ce qui ne veut rien dire) mais aborigène (de ab origines, soit peuple des origines en latin dans le texte). De rien.
Cuisine rurale Crédit photo : Diego Molmo
60% des indigènes vivent dans le canton de Talamanca, sur la côte caraïbe (où vivent également les afro-descendants). Beaucoup de communauté n’ont pas accès à l’eau potable, sont analphabètes et tenus à distance des systèmes de santé et de sécurité sociale. Dans les réserves, les langues et religions originelles sont préservées. Naturellement ou grâce à des programmes d’entraide.
Selon la loi, les communautés indigènes doivent être autonomes, auto-gouvernées. Ce n’est qu’une chimère. Les indigènes d’ici, comme d’ailleurs, sont gérés depuis la capitale, par des blancs qui font au moins semblant d’être bienveillants.
Pour autant, les menaces de constructions hydroélectriques planifiées par l’Etat mettant en danger une partie des réserves du canton de Talamanca alarment aujourd’hui de nombreuses communautés.
Le 19 avril, le pays célèbre le jour de l’Indigène. Les regards des ticos se tournent vers ces concitoyens de seconde zone, témoins de l’histoire du pays, qui vivent quelque part dans "leurs" montagnes. Outre les déguisements des bambins, aucune célébration d’aucune sorte n’est prévue dans la capitale. Les journaux nationaux n’ont pas une seule ligne pour cette commémoration ce matin.
En plein ouvrage dans le "centre de presse" qui sert aussi de débit de boissons
C’est une parenthèse dans le travail quotidien de Voces Nuestras. D’habitude, une parenthèse, ça s’entend comme une ellipse, un silence, un moment de légèreté. On a le droit de la lire, ou non.
Sauf que là, la parenthèse est dense, très dense. Et les dix jours qu’elle dure ont une masse volumique nettement supérieure à la moyenne : ils sont occupés à la communication du Festival National des Arts.
Avant - Les horaires irréguliers, c’est ma vie. Et l’excitation de l’incertitude de l’action du risque, etc. Tous les matins, on tombe sur un nouveau crime, un interrogatoire qui relance une enquête ou une intervention à préparer à cause des événements de la nuit.
Après - Mais comment elle peut se réveiller CHAQUE matin à 5 heures 50 PILE ? C’est normal, ça ? Comment elle sait qu’il est 5 heures 50 ? Et pourquoi ça la met en colère ? Lire la suite →
Aujourd’hui, c’est férié au Costa Rica. Pour cause d’hommage à Winkelried. Ou plutôt à la version tica du masochiste helvétique devenu symbole de l’exploit aveugle. J’ai nommé : Juan Santamaria. Les histoires sont si semblables que c’en est troublant.
Juan Santamaría est un jeune pauvre né en 1831. Il est reconnu officiellement comme le héros national de la République du Costa Rica.
Il a 25 ans quand un aventurier étasunien met l’Amérique centrale à feu et à sang, tentant de conquérir un continent avec une équipe de mercenaires. L’armée costaricienne arrête cette bande de manches et encercle une auberge, au sud du Nicaragua. C’est l’assaut ultime. Il nous faut un mec qui prenne une torche et incendie l’auberge !
Juan Santamaria, tu l’as vu venir, n’écoute que son courage et va bouter. Il demande qu’on protège sa mère s’il y passe.
Pour pas gêner ton joli jeudi, je t’évite les détails. Il y passe. Et maintenant, on a congé le jour de sa mort et l’aéroport de San José porte son nom. C’est beau.
Or, ce qu’on peut penser, c’est que Juan Santamaria a fait des études d’histoire suisse en douce et qu’il n’a fait qu’imiter Arnold von Winkelried. En effet, quand Juanito – permettez que je l’appelle Juanito – imole l’auberge, ça fait deux cent ans qu’Arnold s’est jeté sur les lances des habsbourgeois pour permettre à ses potes d’entrer dans les lignes de défense.
En rentrant de ce beau pays, on proposera que le jour de la mort de Winkelried soit férié. La bataille de Sempach a eu lieu le 9 juillet, si jamais.
Ecouter l’interview d’Anouk dans la ligne de coeur en cliquant sur le bouton orange ci-dessous
Les henryjaquet dans la Ligne de coeur de Jean-Marc Richard
Ce mercredi 10 avril, entre 22h et 23h30, la Ligne de Coeur de RTS-La Première évoquera le voyage, l’aventure, l’ailleurs… Nous serons là, en direct, pour parler de notre expérience costaricienne, avec Jean-Marc Richard. Alors si ça vous intéresse, à vos postes!
Après Ru89 et le Tico Times, c’est le journal de chez moi, L’Express de Neuchâtel, qui publie une version de mon papier sur l’institut WEM. C’est un peu un rêve qui se réalise. Ce travail de journalisme qui permet de faire connaître cette réalité et puis l’aventure de ce reportage à travers quelques médias m’ont passionné. Clic ici pour lire l’article en version pdf : ARC_20130404 Jeudi – Express – Société – pag 20
Page société de L’Express du jour.
J’aimerais bien rééditer l’expérience. Avez-vous une idée de sujet ?
Dans cet article sobre et brillant, vous découvrirez quelques aventures piquantes arrivées depuis notre dernier récit.
Vacances de la semaine sainte
D’où te crois-tu tombé pour penser que le récit de tes vacances intéresse quelqu’un ? C’est vrai que je continue à pêcher par manque d’humilité et qu’obliger le lecteur à supporter mon ego-trip n’est pas très digne. Certes. Mais c’est mon blog, oui ou schtroumpf ? Bon alors.. Ca me plaît de raconter mes petites histoires et si ça te plaît de les suivre, je t’embarque. A l’heure du tout social et de l’exposition numérique, la pudeur a été redéfinie, pour le meilleur et pour le pire. Moi, ça me conduit à te raconter ma vie.
Dans cet article figurent quelques images de chez nous. Pour en voir beaucoup plus, des photos de la ville, des filles, des vacances, rejoins le groupe de soutien et Lire la suite →